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Présidence : en août ou à la Trinité

18-06-2016

Scarlett HADDAD - O.L.J.

Il y a quelques semaines, un vent d'optimisme a soufflé sur le dossier présidentiel et plusieurs sources politiques de différents milieux ont estimé qu'il y avait une possibilité d'élection dans les prochains mois. On a même parlé du mois d'août ou de septembre.

Aussitôt, les principaux courants politiques ont mené des investigations pour savoir si cette possibilité était basée sur des faits réels ou s'il s'agissait de simples pronostics, destinés à entretenir l'espoir chez les citoyens et à leur faire miroiter une possibilité de déblocage.

Selon des informations obtenues par recoupement, le vent d'optimisme a été induit par la rencontre entre le patriarche maronite, Béchara Raï, et le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui a eu lieu il y a plus d'un mois, dans le salon d'une église de la banlieue sud. Les deux chefs religieux ont préféré garder le secret au sujet de cette rencontre et du contenu de l'entretien de deux heures et demie qu'ils ont eu pour laisser toutes ses chances à l'initiative qu'ils étaient en train de peaufiner. L'idée est en effet venue de Hassan Nasrallah, qui souhaitait discuter d'un projet précis avec l'autorité religieuse chrétienne par excellence, le patriarche maronite. D'autant que le cardinal Raï ne rate pas une occasion de réclamer une élection présidentielle dans les plus brefs délais. Pour Nasrallah, la seule possibilité de déblocage serait d'organiser une rencontre entre le chef du courant du Futur Saad Hariri et le chef du bloc parlementaire du Changement et de la Réforme, le général Michel Aoun.

Grâce au respect dont il jouit, en plus de sa fonction religieuse, le patriarche maronite serait la partie idéale pour organiser une telle rencontre et la parrainer, sachant que son principal souci est de relancer les institutions du Liban. MM. Aoun et Hariri pourraient alors discuter franchement et reprendre le dialogue là où il s'était arrêté après les deux promesses non tenues de Saad Hariri à Michel Aoun, selon ce dernier. La première à la suite du premier dialogue entre les deux hommes au sujet de la présidence et après la formation de l'actuel gouvernement et la seconde après le dîner donné par Saad Hariri en l'honneur de Michel Aoun à l'occasion de son anniversaire, au cours duquel il avait proposé de s'entendre sur les nominations militaires et sécuritaires dont celle du général Chamel Roukoz à la tête de l'armée, au lieu de procéder à une nouvelle prorogation du mandat de l'actuel commandant en chef. Hassan Nasrallah avait même affirmé à son interlocuteur le cardinal Raï que le Hezbollah souhaite faciliter l'élection du général Aoun à la présidence et pour cette raison, il lui donne carte blanche pour mener des discussions sur le choix du futur Premier ministre.

En d'autres termes, si Saad Hariri souhaite revenir à la tête du gouvernement, il doit en discuter avec Michel Aoun, et ce retour passe par l'élection du chef du bloc du Changement et de la Réforme à la présidence.

Selon des sources concordantes, entre les deux hommes, l'entretien était franc et constructif, et le cardinal a estimé que le projet est sérieux et mérite de se concrétiser. Selon des sources proches de Bkerké, le cardinal Raï qui s'est rendu en France où il a rencontré le président François Hollande en a même parlé avec lui et ce dernier aurait à son tour évoqué cette possibilité avec le chef du courant du Futur qu'il a reçu ultérieurement à l'Élysée. Il lui aurait même conseillé de s'entretenir avec le général Aoun pour un éventuel déblocage du dossier présidentiel. La presse s'est d'ailleurs fait l'écho de ce climat positif... qui attend toujours de se concrétiser.

Pour l'instant, les efforts discrets se concentrent donc sur la possibilité de pousser Michel Aoun et Saad Hariri à se rencontrer. Mais la situation politique, sécuritaire et confessionnelle devenant de plus en plus compliquée, ces efforts semblent compromis, du moins pour l'instant. L'explosion devant le siège de la Blom Bank à Verdun n'est pas pour arranger les choses, sachant que même si les responsables ne le disent pas clairement, le Hezbollah est mis en cause dans cet attentat, qui a exacerbé encore plus les susceptibilités confessionnelles. En même temps, le leadership sunnite de Saad Hariri est affaibli et il a plus que jamais besoin d'un booster pour reprendre l'initiative, d'autant que ses problèmes financiers en Arabie ne sont pas près d'être résolus.

Ceux qui suivent de près la situation dans le royaume estiment d'ailleurs que ce serait peut-être le bon moment pour tenter de convaincre les dirigeants de Riyad de l'utilité de conclure un compromis politique qui passe par l'élection de Michel Aoun à la présidence et la désignation de Saad Hariri à la tête du gouvernement. En effet, l'homme qui était le plus hostile au général Aoun, l'ancien ministre des Affaires étrangères l'émir Saoud el-Fayçal, n'est plus et la nouvelle équipe au pouvoir n'a pas les mêmes inimitiés ni les mêmes amitiés. Son approche est plus détachée et c'est la raison pour laquelle l'ambassadeur Assiri a déclaré à plusieurs reprises que le royaume saoudien ne pose aucun veto sur les candidats à la présidence du Liban. Il y aurait donc peut-être une chance à saisir, mais elle attend encore les bonnes volontés.


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