Contact |

Khalil EL HABRE, Ambassadeur du Liban au Sénégal : « Les Libanais sont devenus des Sénégalais à part entière »

22-05-2016

Info Gabon

Libreville, Samedi 21 Mai 2016 (Infos Gabon) – Son Excellence Khalil EL HABRE est l’Ambassadeur du Liban au Sénégal depuis février 2013. Il est également accrédité dans deux autres pays dans la sous-région, avec Dakar comme siège. Dans l’entretien accordé, le diplomate retrace les liens qui unissent le Liban et le Sénégal, la communauté de son pays qui vit sous les cieux de la « Teranga », les domaines de coopération entre les deux territoires, la francophonie qu’ils partagent ensemble, etc. Naturellement il s’est prononcé sur la guerre en Syrie qui impacte négativement sur son pays, le terrorisme et l’Islam. Entretien à bâtons rompus.

Excellence, quel est le statut de votre accréditation ?

EL HABRE : Je suis arrivé à Dakar le 6 février 2013. A ce titre, je couvre cinq pays qui sont le Mali, la Gambie, la Guinée Bissau, la Mauritanie et le Cap-Vert. En accréditation, j’ai trois pays, mais consulaire ment, je couvre cinq pays.

Avez-vous eu un quelconque regret depuis votre installation ?

On ne peut pas parler de regret ? Dans la vie d’un diplomate, on ne parle jamais de regret, parce qu’il n’y a pas un pays qui est mieux que l’autre. Chaque pays a ses avantages ; c’est le diplomate qui donne à un pays son importance. S’il travaille ou ne travaille pas, il y’a une différence. Dans la charte des Nations-Unies, tous les pays sont égaux. Que ce soit un pays en voie de développement ou sous développé. C’est pour cela qu’on ne parle pas de regret. Au contraire, j’ai été bien reçu et bien accueilli. Cela a pris une semaine pour présenter les lettres d’accréditation ; toutes les facilitations m’ont été offertes. Je suis content. La première chose que j’ai apprise au Sénégal, c’est un pays de Téranga. Chez nous aussi, au Liban, nous considérons notre pays comme une terre d’accueil et de Téranga.

Excellence, comment analysez-vous les relations bilatérales entre le Sénégal et le Liban ?

Les relations bilatérales entre ces deux pays ne datent pas d’aujourd’hui ; c’est une longue histoire. Durant le mandant français, nous avions une représentation, genre de commission, un diplomate qui n’était pas Ambassadeur et représentant de pays. Nous avons acheté trois propriétés depuis ce temps-là : une Ambassade au Plateau, un terrain à Fann Résidence et un autre terrain non occupé, qui se trouve en face de l’Ambassade de l’Italie. On peut parler de relations historiques entre ces deux pays. Lors de l’annonce de l’indépendance du Sénégal, nous avons été le premier pays à reconnaître rapidement cette indépendance. Aussitôt, nous avons transformé notre diplomatie en Ambassade. Il y’a sans doute un facteur historique qui revient à la communauté Libanaise résidant au Sénégal. Cette communauté participe au développement du pays comme tout Sénégalais. Les Libanais sont devenus des Sénégalais à part entière. Il y’a même une nouvelle génération qui ne parle pas Arabe ou Libanais ; certains parlent le Wolof.

L’autre facteur qui unit ces deux pays est la Francophonie. Le Liban et le Sénégal ont un facteur commun. Il y’avait les pères de la Francophonie entre autres, le feu poète Léopold Sédar Senghor ; une fois que l’idée de la francophonie s’est dégagée, le Liban s’est joint à cet espace. Parce que, le Liban est un pays francophone. C’est le seul pays francophone dans le moyen orient. Avec le temps, les relations entre le Sénégal et le Liban ont beaucoup évolué. C’est pour dire qu’il y’a de nombreux accords bilatéraux entre le Liban et le Sénégal. Nous avons des accords qui datent depuis le début de l’indépendance ; nous avons voulu que les accords restent à un niveau élevé. Nous avons échoué dans plusieurs domaines. Je ne peux pas accuser le Sénégal, ni le Liban. Il faut dire seulement que la période de guerre interne au Liban a causé des conséquences néfastes. On a essayé de donner une autre vision à nos relations bilatérales. Cela a débuté en mars 2013, lors de la visite officielle du président Libanais au Sénégal. Une période durant laquelle, nous avons conclu quatre accords et quatre conventions : l’environnement, l’éducation, la culture et le tourisme. Nous avons construit une commission mixte. Cette commission est co-présidée par les deux ministres des Affaires étrangères du Sénégal et du Liban. Nous avons essayé de mettre en œuvre ces quatre accords. Le Liban a ratifié déjà l’accord sur l’environnement, publié au Journal officiel et un autre accord sur la commission mixte. Nous avons un projet en matière de tourisme aérien et dans le domaine agricole. Il faut assurer un suivi ; nous avons soumis nos projets et nous attendons toujours la réponse des autorités sénégalaises.

Quelles sont les possibilités que le Liban peut offrir au Sénégal ?

Vous savez ! Notre pays n’est pas industriel. Le Liban n’est pas un pays producteur de pétrole. Nous offrons notre expérience ; de la même manière nous avons de l’expertise sénégalaise dans certains domaines. C’est une question de développement des relations à base d’égalité. Nous ne pouvons pas entreprendre des projets agricoles. Cependant, nous pouvons amener des investisseurs à venir au Sénégal.

Vous avez martelé que les relations entre le Sénégal et le Liban datent de très longtemps. Vous conviendrez avec moi qu’il y’a eu des hauts et des bas. Economiquement, est-ce que les deux pays tirent leur épingle de jeu ?

Oh ! C’est une très bonne question. Je partage avec vous cette question. J’en suis sûr que la réponse sera partagée entre vous et moi. Vraiment, nous ne sommes pas arrivés à une relation économique de haut niveau. Les relations économiques se basent sur des échanges commerciaux très modestes. Il y’a peut-être plus de produits Libanais qui arrivent au Sénégal à cause de la communauté Libanaise. S’il existe des produits sénégalais au Liban, ce n’est pas à la hauteur de nos ambitions. Lors de la visite du président Libanais au Sénégal, j’avais organisé un forum d’affaires entre hommes d’affaires sénégalais et libanais. Le Liban, depuis le printemps passé, a connu une crise interne. Entre temps, les conséquences de la guerre en Syrie ont commencé à produire des effets néfastes sur le Liban. Ce qui a amené un gel économique. C’est pour dire que l’économie du pays n’a pas connu un avancement souhaitable. Cette crise a poussé la sortie vers l’Extérieur. Dernièrement, la situation en Syrie se reflète sur notre pays gravement ; surtout avec la présence des groupes terroristes, qui sèment la terreur. La région est soumise à des tiraillements politiques entre deux courants internationaux. Je souhaite que la situation interne se stabilise au Liban pour que je réalise de commun accord le projet entre les hommes d’affaires Libanais et Sénégalais.

Comment expliquez-vous la situation à Gaza, soumis à l’invasion israélienne, comme une manifestation d’un abandon de la cause Palestinienne par les Arabes et la communauté internationale ?

Je réponds de façon générale, parce que la question est compliquée. Pour bien expliquer ce sujet, cela demande du temps. Vous avez raison de parler d’un abandon de la cause palestinienne par les Arabes. Les Palestiniens ont un droit légal à base des décisions du conseil de sécurité des Nations-Unies. Je pense que la communauté internationale commence à s’éveiller un peu sur la délicatesse de cette question. La reconnaissance de l’Etat Palestinien a commencé par un pays. C’est une chaîne de pays qui a suivi. Une fois qu’il y’a reconnaissance du peuple palestinien, même si les frontières ne sont pas fermées, ce peuple a vécu pendant 65 ans comme réfugié, sans Etat. Israël est obligé de reconnaître cet Etat palestinien et de ne plus exercer sur lui des contraintes. Je dois louer le travail des autorités sénégalaises. Le Sénégal préside la commission des droits inaliénables du peuple palestinien. Le Sénégal n’a pas hésité à assurer un appui au peuple palestinien.


Ajouter aux favoris - Nous contacter - Tous droits réservés @ Tayyar-Intishar 2015