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Forcing international et régional pour accélérer l’élection d’un président consensuel

16-04-2016

Scarlett Haddad - O.L.J.

C'est avec un pincement au cœur que le Liban officiel et politique accueillera cet après-midi le président français François Hollande.

Certains milieux politiques libanais s'étaient d'ailleurs étonnés de la tenue de cette visite alors que le Liban n'a pas de président de la République qui, selon le protocole, devrait accueillir un chef d'État étranger. Mais c'est justement pour cette raison que le président Hollande a tenu à faire une escale au Liban, dans le cadre d'une tournée régionale, dans l'espoir de provoquer un choc positif chez les parlementaires et les groupes politiques libanais qui les pousserait à élire un président dans les plus brefs délais.

Le président français serait donc porteur de plusieurs messages aux Libanais dans le cadre de sa visite de deux jours : d'abord, il leur adresse un message de solidarité et d'amitié, précisant ainsi que le sort du Liban reste au cœur des préoccupations de la France en dépit des autres actualités régionales et internationales. Ensuite, il exprime par sa présence l'attachement de la France, et à travers elle celui de la communauté internationale, à la stabilité du Liban, menacée à la fois par les combats qui se déroulent le long de la frontière avec la Syrie et par la présence de près de deux millions de déplacés syriens et de réfugiés palestiniens, sans parler de la crise politique interne. Enfin, il montre aussi son souci d'aider le Liban qui accueille les déplacés syriens, sachant que la priorité pour la France est aujourd'hui d'empêcher l'arrivée de ces déplacés en Europe.

Ces trois messages constituent la version officielle de la visite. Sur le plan officieux, une source diplomatique occidentale estime qu'au-delà de ces objectifs déclarés, la visite du président français à Beyrouth fait partie d'un forcing international et régional destiné à pousser les Libanais à élire un président de la République au plus vite. Après le secrétaire général des Nations unies puis le ministre britannique des Affaires étrangères, c'est donc au tour du président français de faire pression sur les parties politiques libanaises en vue de l'élection d'un président consensuel. Selon la source diplomatique occidentale, la communauté internationale et en particulier les pays occidentaux et l'Arabie saoudite veulent que les Libanais élisent au plus vite un président d'entente, qui ne serait ni le général Michel Aoun ni l'ancien ministre Sleiman Frangié.

L'idée directrice serait de ne pas remettre en cause les équilibres politiques actuels, notamment au Parlement et au sein de l'exécutif, et donc d'empêcher le Hezbollah d'obtenir l'avantage en faisant élire à Baabda un président qui serait son allié. Ce qui était murmuré dans les réunions internationales est désormais énoncé clairement : les aides internationales promises au Liban pour qu'il puisse gérer la présence sur son sol de plus d'un million de déplacés syriens sont liées à l'élection d'un président de la République. Une telle élection renforcerait la confiance de la communauté internationale dans les institutions libanaises et lui permettrait ainsi d'être plus généreuse et efficace dans son aide financière. Toujours selon la source diplomatique précitée, l'Arabie saoudite a elle aussi fait savoir aux dirigeants libanais par le biais de ses nombreux interlocuteurs locaux et internationaux que le don de trois milliards de dollars accordé à l'armée libanaise pour l'achat d'armes et d'équipements militaires français est lié à l'élection d'un président de la République ayant bien entendu l'aval de Riyad.

En même temps, l'Arabie saoudite poursuit sa campagne pour l'isolement du Hezbollah sur la scène interne et régionale, et exerce des pressions sur ses alliés pour qu'il soit considéré comme une organisation terroriste. Même les révélations d'un journal égyptien sur la mise en accusation du secrétaire général du Hezbollah par le TSL dans l'affaire de l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri seraient destinées à resserrer l'étau autour de ce parti pour l'obliger à lâcher le général Michel Aoun et à accepter l'élection d'un autre candidat accepté par le camp adverse. Ces soudaines fuites judiciaires dans une affaire qui n'a pas bougé depuis quelques mois ne peuvent pas être fortuites et elles ont pour objectif de mettre le Hezbollah au pied du mur et, avec lui, le gouvernement actuel, qui a déjà bien du mal à maintenir un semblant de cohésion.

Encerclé de toutes parts et menacé d'éclatement, le gouvernement exercerait à son tour des pressions sur le Hezbollah en rendant sa position intenable, politiquement et populairement, sans parler de la crise sociale et économique sans précédent, au point de le pousser à jeter du lest dans le dossier présidentiel. D'ailleurs, les pressions sont aussi exercées sur le général Michel Aoun. Mais ce dernier ne veut toujours pas entendre parler d'un plan « B » ou « C ». Il se considère comme le seul et unique candidat à la présidence, et tant qu'il a l'appui du Hezbollah, il est sûr que le quorum des deux tiers requis pour la séance d'élection présidentielle n'est pas assuré.

Les pressions et l'encerclement du Hezbollah ont-ils plus de chances de réussir ? C'est la question qui se pose. La source diplomatique occidentale précitée pense que c'est jouable, mais des sources internes proches du 8 Mars affirment que le Hezbollah n'a pas attendu tout ce temps et accepté toutes les critiques et les attaques pour faire des concessions aussi importantes sans contrepartie...


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