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La reprise de Palmyre, début du processus pour couper en deux le territoire de l’EI

30-03-2016

Scarlett Haddad - O.L.J.

La victoire de l'armée syrienne et de ses alliés avec l'aide de l'aviation russe à Palmyre constitue un tournant dans le cours de la guerre en Syrie qui se prolonge depuis 5 ans. Des sources proches du régime syrien révèlent que la prise de Palmyre est le premier pas concret vers la reconquête du nord-est de la Syrie.

Selon ces mêmes sources, la prochaine étape sera concentrée sur la reprise de Deir ez-Zor à la frontière avec l'Irak, pour couper en deux le territoire de l'organisation État islamique. D'une part, cette démarche est destinée à porter un coup dur à l'EI qui bénéficie actuellement d'une large portion de territoire entre la Syrie et l'Irak et, d'autre part, ce serait un message clair sur le maintien des frontières géographiques actuelles, en Syrie, en Irak et dans la région en général. Les mêmes sources révèlent qu'il y a encore deux localités importantes, Sakhna et al-Qaryatein, avant la prise de Deir ez-Zor où 250 000 civils sont encerclés par l'EI. Dans cette ville, il y a aussi une importante garnison de l'armée syrienne et un aéroport militaire dirigé actuellement par un général druze de l'armée qui attendent de faire la jonction avec les autres régions contrôlées par les forces du régime. Cette garnison ainsi que les habitants civils sont ravitaillés par air depuis le passage de la région sous le contrôle de l'EI.

Cette organisation avait même procédé à un véritable massacre des habitants, notamment des tribus (sunnites) de Chaaytate et de Bou Saraya qui combattent aux côtés de l'armée syrienne. Celle-ci est donc déterminée à reprendre Deir ez-Zor dans les plus brefs délais, mettant de côté pour l'instant Raqqa, qui constitue le fief de l'État islamique en Syrie. Les sources proches du régime syrien expliquent que l'armée et ses alliés appliquent la tactique de couper les liens entre les différentes régions contrôlées par l'EI de manière à les transformer en îlots, sans contacts les uns avec les autres.
Selon les sources proches du régime, cette activité militaire n'est nullement en contradiction avec le processus de négociations entamé à Genève et ne le remet pas en question. Au contraire, elle s'inscrit dans le cadre de la guerre contre le terrorisme et ses organisations autorisée par le Conseil de sécurité. Les mêmes sources ajoutent que le régime syrien est déterminé à faciliter les négociations politiques, insistant dans ce domaine sur le rôle des Russes et des Américains pour pousser vers un règlement politique du conflit syrien.

Des sources qui suivent de près le dossier syrien estiment d'ailleurs que les Russes et les Américains, et en particulier Vladimir Poutine et Barack Obama, sont pressés de parvenir à un accord avant la fin du mandat de l'actuel président américain pour créer un fait accompli qui ne pourrait plus être remis en question par une nouvelle administration, quelle que soit son appartenance politique.

Le projet pour les prochains mois serait donc de porter un coup dur à l'EI et de trouver un accord politique entre le régime et l'opposition qui comporterait l'intégration sous une forme ou une autre des différentes factions armées non terroristes au sein de l'armée syrienne après l'adoption d'amendements constitutionnels et l'établissement d'un agenda pour la reconstitution du pouvoir politique à travers des élections, avant l'automne.

Cet accord, s'il était trouvé, devrait être par la suite officialisé par une résolution du Conseil de sécurité. Ce qui devrait permettre de le verrouiller et de rendre difficile le fait de le contourner, comme croient pouvoir le faire certaines parties régionales qui misent sur un changement de ligne politique avec l'élection d'un nouveau président aux États-Unis. Par conséquent, les Russes et les Américains devraient aplanir les dernières oppositions au règlement en préparation au cours des prochains mois. Il s'agit notamment de pousser la Turquie et l'Arabie saoudite en particulier à adopter des positions plus souples à l'égard du dossier syrien. Les Russes ne cessent d'ailleurs de répéter qu'il est totalement improductif de réclamer le départ du président syrien comme préalable à tout règlement.

Dans ce sillage, la reprise par l'armée syrienne de Palmyre est la concrétisation de l'accord entre Barack Obama et Vladimir Poutine, et donne en quelque sorte la tendance générale de l'évolution des événements en Syrie et dans l'ensemble de la région. Il n'est donc plus question de procéder à des modifications dans le tracé des frontières, ni de pousser vers des changements démographiques. D'ailleurs, devant la délégation parlementaire française venue lui rendre visite il y a quelque temps, le président Bachar el-Assad a insisté sur l'importance du retour des chrétiens syriens poussés à l'exode par la guerre, pour la stabilisation de la situation en Syrie. Il faut préciser qu'il y avait en 2011 près de 2 millions de chrétiens en Syrie qui ne seraient plus aujourd'hui que 500 000. Il est donc impératif de les pousser à retourner dans leur pays en les rassurant sur leur sort, sachant qu'en termes de proportions, les chrétiens de Syrie et d'Irak ont été les plus touchés par les guerres qui déchirent la région, alors que leur présence est primordiale pour éviter une radicalisation du conflit entre les sunnites et les chiites, et pour préserver la présence des minorités au Moyen-Orient.


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