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Des dialogues, malgré tout...

20-02-2016

Scarlett HADDAD - O.L.J.

Le Liban est vraiment un pays étonnant... Sans aller jusqu'à dire qu'il représente une oasis de paix dans un désert en flammes, il reste le seul lieu de la région où les différentes composantes continuent à maintenir entre elles le fil ténu d'un contact minimal.

Même aujourd'hui, où sur fond de crise syrienne l'Iran et l'Arabie saoudite (et leurs alliés respectifs) se lancent dans une confrontation sans précédent dans plusieurs pays de la région, au Liban, la situation reste différente. Même l'annonce par l'Arabie de l'arrêt de l'aide aux forces armées libanaises, dans toute leur diversité, n'a pas poussé les protagonistes locaux à rompre le dialogue entre eux. Au contraire, et en dépit des campagnes médiatiques entre le Hezbollah et le courant du Futur, ces deux formations maintiennent entre elles un contact permanent, commencé à Aïn el-Tiné sous la houlette du président de la Chambre.

Bien que critiqué par certaines figures au sein du courant du Futur, ce dialogue se poursuit donc et selon certaines sources, il se tient dans une atmosphère calme, marquée par une bonne volonté de la part des deux camps. Selon des informations véhiculées par un des participants à ces réunions, au cours de l'une d'elles, les représentants du courant du Futur auraient alerté le Hezbollah sur une éventuelle offensive de la part des takfiristes à Homs via le rif sud d'Alep en Syrie, sachant que « ce front » était calme depuis quelques mois. Le projet a donc pu être mis en échec et les forces du régime syrien et leurs alliés, en particulier le Hezbollah, ont pu arrêter une tentative de déstabiliser Homs, pacifiée depuis l'accord dans le quartier al-Waer, à travers cette zone limitrophe.

De même, lorsque l'armée libanaise a mené une vaste opération dans le jurd de Ersal contre les combattants de Daech et du Front al-Nosra, le courant du Futur n'a pas cherché à l'exploiter politiquement et médiatiquement. Au contraire, il a soigneusement passé sous silence l'affaire, soucieux de ne pas envenimer les choses et surtout de laisser l'armée faire son travail en sécurisant ses positions. On peut citer bien d'autres exemples. Mais le plus marquant est encore ce qui s'est passé après l'attentat de Bourj el-Brajneh, en novembre dernier. Une réunion de coordination qui a regroupé les différents services libanais, généralement en compétition entre eux, s'est tenue et il y a eu un véritable échange d'informations qui a abouti à l'identification des auteurs de l'attentat et au démantèlement de la cellule créée dans ce but en un temps record.

Cette coordination fructueuse entre des services qui étaient rivaux il y a quelques mois encore est en train d'assurer un important filet de sécurité au Liban. Des sources proches du 8 Mars affirment que cette coopération a la bénédiction des États-Unis et de la communauté internationale en général qui continue à souhaiter le maintien de la stabilité au Liban, loin des incendies qui consument la région. Cette volonté occidentale ne va toutefois pas jusqu'à exiger l'élection d'un président dans les plus brefs délais, d'autant que les méandres de la politique interne libanaise n'intéressent pas grand monde. Mais, au moins, le fameux « parapluie international » au-dessus des Libanais continue à agir, en dépit de la dernière décision saoudienne de suspendre les aides financières accordées aux forces armées. Qu'il s'agisse d'un moyen de pression là où cela fait mal, c'est-à-dire dans la sécurité qui reste actuellement le seul point positif au Liban, ou que ce soit une décision définitive et irrévocable, la nouvelle a ébranlé le pays.

Pourtant, selon les milieux politiques, elle ne devrait pas avoir d'impact sur le dialogue entre le Hezbollah et le courant du Futur ni même sur le fonctionnement des forces armées et la coordination entre elles, du moment que les États-Unis n'ont pas modifié leur position d'appui à ces forces. En fait, s'il y a un point d'entente entre toutes les composantes libanaises, c'est justement la sécurité. Le Hezbollah a tout intérêt à ne pas avoir de vagues sécuritaires au moment où il est occupé en Syrie et le courant du Futur est conscient que si le pays est déstabilisé, les courants sunnites radicaux deviendraient plus forts que lui. De même, une déstabilisation sécuritaire serait nuisible aux chrétiens, aux druzes et aux autres. Pour cette raison, les protagonistes libanais ne veulent pas de guerre entre eux, mais ils ne peuvent pas non plus conclure des compromis politiques importants dans un tel climat de tensions régionales.

Tous le savent, même si chaque camp fait assumer à l'autre la responsabilité du blocage. En même temps, les contacts minimaux sont maintenus et même les Forces libanaises auraient envoyé récemment des signaux d'ouverture en direction du Hezbollah. Il ne s'agirait certes pas d'un retournement d'alliance, mais d'une tentative de nouer un dialogue sans grand espoir de résultat concret, par le biais notamment du Courant patriotique libre. Certaines figures politiques s'empressent de mettre ces tentatives dans le cadre des manœuvres politiciennes, mais elles restent le signe de la spécificité libanaise. Dans ce pays, la voix de la raison continue de prévaloir en dépit du brouhaha environnant.


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