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La guerre psychologique entre le Hezbollah et ses adversaires

15-02-2016

OLJ

Au moment où les États-Unis resserrent l'étau, du moins économique et financier, autour du Hezbollah par des mesures exceptionnelles sur les virements bancaires qui pourraient toucher des proches de ce parti, ce dernier riposte à sa manière.

Les milieux proches du courant du Futur précisent de leur côté que ceux qui croient que le Hezbollah est à l'apogée de sa force se trompent énormément, ce parti ayant de grandes difficultés financières et une grande partie de ses employés administratifs et dans les médias qui lui appartiennent ne recevant plus leurs salaires depuis plusieurs mois. Même les soldes des combattants auraient été revus à la baisse, selon les mêmes milieux, alors que les fonds attendus en provenance d'Iran tarderaient à arriver. « La force » du Hezbollah serait donc en déclin, selon ces mêmes milieux, et ce parti ressemblerait désormais à « un colosse aux pieds d'argile » pour reprendre l'expression utilisée pour qualifier l'Empire ottoman avant son effondrement. Des articles dans la presse internationale, notamment aux États-Unis, vont dans le même sens et affirment que le Hezbollah serait désormais en train de perdre sa principale source de revenus qui viendrait d'un vaste réseau de trafic de drogue, notamment en Amérique latine, réseau qui aurait été monté par Imad Moghnié, un des chefs militaires les plus vénérés de ce parti. Le Hezbollah commémore d'ailleurs l'assassinat de Moghnié, dit hajj Radouane, qui a eu lieu le 12 février 2008 près de Damas dans une cérémonie qui se déroulera le 16 février et au cours de laquelle son secrétaire général, Hassan Nasrallah, devrait prendre la parole.

L'insistance des médias occidentaux à vouloir ternir la mémoire de Imad Moghnié est d'ailleurs remarquable, sachant que l'homme est mort depuis huit ans. Les milieux proches du Hezbollah affirment justement qu'il s'agit là d'une tentative de détruire ce parti en s'en prenant à ses « héros » et à ses « symboles » et en cherchant à ternir son image et la noblesse de la cause qu'il défend, celle de la résistance contre l'occupant. En attendant le discours de Hassan Nasrallah qui devrait évoquer ce thème, une partie de la riposte du parti s'est faite par la publication d'un livre-témoignage sur Imad Moghnié édité par la Fondation « Kaf » (« qui se charge de perpétuer la mémoire de la résistance »), sous la supervision de sa fille Fatima.

Avec des textes en trois langues, arabe, anglais et farsi, le livre est dédié à la mémoire de Imad Moghnié, à travers des photos inédites sur son parcours, depuis son enfance à Tayr Debba au Sud jusqu'à sa mort dans une explosion dans la banlieue de Damas, commanditée selon le Hezbollah par les services secrets israéliens. L'idée directrice du livre est de montrer le destin exceptionnel de Imad Moghnié, qui selon la version officielle a montré très tôt un enthousiasme et un engagement infinis envers la cause principale des Arabes, la libération de la Palestine. Il a 14 ans lorsque la guerre libanaise éclate et tout naturellement, il se rapproche des forces du Mouvement national. En 1977, il attire l'attention d'Abou Khodr Hassan Salamé et c'est à cause de lui qu'à 16 ans, en 1978, il suit sa première formation militaire au sein du Fateh, tout en devenant un « disciple » de l'uléma Mohammad Hussein Fadlallah sur le plan des études théologiques. À cette époque, les Arabes étaient encore unis, du moins en apparence, en faveur de la lutte pour la Palestine, et le jeune Imad Moghnié devient un fervent militant. En 1980, il fait son premier pèlerinage à La Mecque. En fait, il rejoint son père qui travaillait en Arabie. Plus tard au cours de la même année, il effectue sa première visite en Iran, après la révolution islamique. On le voit ainsi posant derrière l'uléma Fadlallah, le cheikh Mohammad Hussein Chamseddine, le cheikh Saïd Chaabane et d'autres ulémas. Dès lors, Imad Moghnié s'implique de plus en plus dans les combats et suit des formations spécifiques en Iran. En 1982, il fait partie du noyau fondateur de la résistance contre l'invasion israélienne. Son parcours en images le montre avec des jeunes méconnaissables, comme le chef du bloc parlementaire de la Résistance Mohammad Raad et bien entendu avec l'actuel chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Il y a peu de détails sur ses véritables activités, mais on lui attribue la responsabilité de la structure militaire qui a permis la libération en 2000 puis l'échec de l'agression israélienne de 2006. Le livre se transforme ainsi en une série de témoignages élogieux à son égard, dont celui du chef des Marada Sleiman Frangié, qui l'a accompagné dans une tournée au Sud, le long des lignes tenues par le Hezbollah face à Israël. Sleiman Frangié était alors ministre de l'Intérieur dans le gouvernement d'Omar Karamé et il raconte lui-même qu'il n'avait pas su que son « guide » était Imad Moghnié...

Face à la campagne dont il se considère victime, le Hezbollah renforce ainsi l'image de ses héros. Entre lui et ses adversaires, la guerre psychologique bat son plein et prend diverses formes. Mais c'est encore sur le terrain syrien que la véritable partie d'échecs se jouera.


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