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Intervention du général Michel Aoun après la réunion du bloc parlementaire « Changement et Réforme ». Mardi 7 juillet 2015

12-07-2015

Comité presse Tayyar Intishar

"Je souhaite rappeler aux Libanais le courrier que j’ai adressé le 10/07/2014 aux rois et aux présidents de pays qui ont apposé leur garantie à la bonne application des accords de Taef, nommément les rois de l’Arabie Saoudite et du Maroc ainsi que le président algérien. Dans ce courrier, je les exhorte à stopper la chute vertigineuse dans l’application de ces accords, au risque d’assister à leur effondrement.

D'aucuns affirment aujourd’hui que le général Aoun n’ira pas loin car il a peur des défections et de l’embarras qui risque d’avoir lieu au Liban. A ceux-là je dis que moi-même j’ai déjà fait défection, et avec moi c’est le pays qui va le faire. Ils doivent savoir ce que représente le Général Aoun dans ce pays. Je vous confirme que le Général Aoun ira jusqu’au bout sur ce dossier ; à bon entendeur salut et celui qui ne veut pas entendre est libre de le faire, mais nous ne reculerons pas.

Ils ont dit hier que le Général Aoun était le fils de ce régime et ne pourra lui porter atteinte. Je rectifie leur propos en précisant que le Général Aoun est le fils de l’état et non du régime. L’état c’est le pays et les institutions mais le régime c’est la gestion de ces institutions selon les règles représentées par la constitution et les lois.

Ce qui se passe aujourd’hui est une violation de l’état à travers la violation de la constitution et des lois. Ainsi, je précise que je ne suis pas le fils du régime, ce régime que je recherche en vain. Si quelqu’un de vous le trouve qu’il nous le présente. Quand la constitution est bafouée, les institutions et le régime n’ont plus de place.

Aujourd’hui, nous sommes face à une crise dont nous connaissons l’origine mais nous ignorons comment elle va se terminer. L’article 62 de la constitution précise que « les prérogatives du président de la république, en cas de vacance, sont attribuées au conseil des ministres ». Ces prérogatives sont attribuées donc à tous les ministres avec une procédure de fonctionnement du gouvernement sur laquelle on s’était mis d’accord. Mais aujourd’hui nous constatons que le Premier ministre applique en même temps ses prérogatives et celles du Président de la république. Ceci est complètement inacceptable. Au début, ils respectaient la constitution en s’entendant sur la procédure de fonctionnement. Aujourd’hui, il n’y a plus d’entente ni de procédure. Nous ne permettrons pas cette dérive et ceci est un droit que nous réclamons et qui est incontestable. De même, nous demandons de ratifier une loi électorale qui assure la parité et la vraie représentativité, seule porte d’entrée pour régler les problèmes du régime et nous n’accepterons pas d’autres alternatives. Après la ratification de la loi électorale, nous organiserons des élections législatives car la majorité actuelle est illégale et n’a pas le droit d’é lire un nouveau président de la république. Tout le parlement est illégal, y compris moi-même. Il n’est pas permis à un parlement élu en 2009, qui a vécu toutes les crises internationales, de continuer dans l’illégalité.

Les multiples crises ont dû changer beaucoup d’opinions, surtout la crise syrienne et celles des autres pays arabes avoisinants, qui ont abouti à la naissance de Daesh et de ses sœurs. Les résultats de ces crises, du golfe jusqu’à l’océan, a changé beaucoup d’opinions et de positions. Au moins faudrait-il organiser un référendum pour sonder l’avis du peuple. Il n’est donc pas permis que cette majorité continue à exercer le pouvoir législatif et élire un président. En premier donc, une loi électorale, suivie des législatives et les députés élus auront tout le droit d’élire le nouveau président de la république. Il faut respecter la suite logique dans la genèse du pouvoir. Or, ils ont recours à de telles manigances pour contrôler le processus de l’élection du président.

Il y a d’autres sujets de discussion à aborder, notamment le renforcement des prérogatives du président de la république, l’équité dans le paiement des impôts et des taxes. Pour avoir des services, il faudra payer les dus. Or, très peu de personnes payent. La compagnie de l’eau de Beyrouth et du mont Liban assure 600 million de dollars pour la construction des barrages de Janné et de Bessré alors que les autres bureaux dans les régions souffrent de crises financières ainsi que du trafic de l’eau et de l’électricité. On ne peut pas pardonner infiniment ces personnes. Cette année, nous n’avons même pas eu la possibilité d’assurer de bitumer une rue au kesrwan ou au Metn !! Où sont partis les fonds ? Elles sont partis dans une seule direction alors que les seuls contribuables qui payent leurs dus à l’état sont ceux qui résident dans nos régions.

Cette bataille est décisive. J’appelle les libanais à être prêts car elle ne sera pas facile ni passagère. La veille de la fête de l’indépendance en 2004, j’avais adressé une invitation à tout les politiciens libanais, loyalistes et opposants, afin d’organiser une rencontre en dehors du Liban pour préparer le retrait syrien d’une façon honorable. Je leur ai demandé d’éviter l’arrogance et d’accepter car le refus fait porter une grande responsabilité. Tout le monde a malheureusement refusé et la suite, nous la connaissons.

J’ai même adressé un courrier au président syrien lui proposant d’envoyer un émissaire à cette rencontre pour discuter des moyens d’application de la 1559 et gérer les conséquences de l’après-retrait dans l’intérêt du Liban et de la Syrie. Il a aussi ignoré mon invitation comme tous les autres et nous connaissons la suite et, malheureusement, quelques uns ont dû payer cher.
Il y en a par conséquent qui ont oublié que nous sommes à l’origine du retour de la souveraineté. Nous n’accepterons plus de jouer les modestes.
Il y a eu probablement quelques évènements qui ont accéléré le processus de retrait de l’armée syrienne du Liban. Le président Rafic Hariri était le premier invité à cette rencontre. D’autres invités ont réfuté l’idée derrière lac rencontre et mettait même en doute la question du retrait total des syriens. Ils nous ont traités de rêveurs ou de démagogues. Ce fut le premier chapitre.

Le deuxième chapitre a été écrit quand j’ai décidé de rentrer au Liban. Une délégation du courant du futur regroupant 10 députés de l’actuel « 14 mars » se sont rendus à paris et m’ont invité à un petit-déjeuner dans l’hôtel où ils résidaient. Après ce petit-déjeuner, nous nous sommes dits au revoir et un groupe de ces députés s’est rendu aussitôt au quai d‘Orsay demandant de retarder mon retour jusqu’après les législatives. J’ai commencé après à recevoir des messages me prévenant que la situation au Liban mettait ma sécurité en danger et me demandant de retarder mon retour. Je les ai remercié et leur ai précisé que Beyrouth méritait une bataille, sachant que cette bataille ne pourrait pas être plus importante que celle de Souk El Gharb.

Une fois au Liban, j’ai découvert en face de moi un mur qui s’appelait la coalition quadripartite qui nous a isolés aux élections mais nous avons pu franchir ce mur. Lors de la composition du premier gouvernement en 2005, malgré notre représentativité de 72% des chrétiens, nous n’avons pas eu le droit à un ministre. Ils voulaient nous couper les ailes et ne voulaient pas nous donner notre quota à la quelle nous avions droit. Par la suite, les ministres chiites ont démissionné et malgré l’absence des représentants chiites et chrétiens, ce gouvernement avait continué.

En 2007, à la veille des élections présidentielles, tout le monde est venu au Liban, en premier l’ambassadeur américain. Après de longues négociations, il m’a conseillé de m’éloigner du hezbollah pour garantir la présidence. J’ai par la suite eu de longues discussions à paris avec Saad Hariri qui m’a redit le même message à savoir de m’éloigner du hezbollah. J’ai clairement répondu à tout le monde que pour moi l’unité nationale était plus importante que la présidence de la république. Ceux qui me disent aujourd’hui que je ferais tout pour avoir la présidence se trompent gravement.

En 2007, Feltman avait même dit à la télé que le Général Aoun serait très proche de la présidence s’il s’éloignait du Hezbollah. J’ai dû répéter devant tout le monde que, pour moi, l’union nationale était plus importante que la présidence.

A tous ces nains qui osent nous défier dans la presse aujourd’hui, je rappelle que l’intérêt national était toujours notre priorité.

Même pendant les affrontements avec les syriens, un émissaire est venu m’informer que j’étais choisi pour être le président de la république. J’ai répondu par une question : Si je suis le président, à qui sera la république ? Après cette réponse, le conflit s’est envenimé jusqu’à la guerre de la libération contre l’armée syrienne.

Tout ce récapitulatif pour vous dire que jamais la présidence n’a constitué pour moi un objectif prioritaire mais plutôt un moyen pour remettre l’état au travail et combattre la corruption. Nous n’avons jamais mendié le pouvoir.

En 2007 aussi, la France, l’Espagne et l’Italie se sont intervenues directement et même le président Sarkozy m’avait appelé personnellement, en plus de l’ambassadeur américain Feltman, pour laisser la place au Général Michel Sleiman. Dans un premier temps ils n’ont pas réussi. Il a fallu se rendre à Doha avec l’intervention de 10 ministres des affaires étrangères arabes et du gouvernement du Qatar pour accentuer les pressions afin de soutenir Sleiman pour la présidence. Nous sommes restés 4 jours sans pouvoir obtenir une loi électorale ni un gouvernement d’union nationale pour rééquilibrer la situation. Là-bas aussi, ils m’accusaient de vouloir la présidence à tout prix et que j’étais à l’origine du blocage alors que mes demandes étaient claires et précises devant tout le monde.

Aujourd’hui, nous sommes face au même phénomène. Une partie de la presse a dit que je voulais que mon gendre soit chef de l’armée. A ceux-là je leur dit de préparer les dossiers des officiers capables d’assurer le commandement de l’armée et qu’ils en choisissent un parmi eux. Qu’ils préparent 3 ou 5 dossiers. Même des journaux non-libanais ont écrit que le Général voulait la présidence pour lui et le commandement de l’armée pour son gendre. Ils disent son gendre et ils ne l’appellent pas par son nom, Chamel Roukoz, ce nom qui rempli le ciel du Liban et des pays arabes.

Maintenant je dois leur rappeler qui est Michel Aoun. Je suis le général Michel Aoun et j'ai été le seul à faire face à la Syrie quand les autres rampaient pour aller à la Syrie et offraient aux syriens des cravates et des chaussures italiennes Qui sont-ils pour oser me défier ?

Je me suis battu pour vous préserver votre souveraineté, votre indépendance et votre liberté. J’ai pris énormément de risques et payé 15 ans d’éloignement (ce n’était pas un exil ni un refuge), j’ai effectué énormément de voyages et passé deux ans à essayer d’obtenir des américains la loi qui a finalement permis de libérer le Liban Qui êtes vous ?. Qu'avez-vous fait?

Vous avez volé notre argent et nos efforts, vous représentez le cartel de l'argent qui est responsable de 70 milliards de dollars de dette publique. Vous avez bafoué les contrats les plus nobles avec les libanais, le premier étant la constitution et le deuxième étant les lois qui précisent les droits des citoyens et que toute personne, quelle que soit son statut dans l’état doit respecter.

Allez voir votre justice, votre sécurité, vos positions timides pour défendre les frontières du Liban. Vous n’êtes même pas capables de libérer un village des mains des terroristes, comment peut-on vous confier notre sécurité et nos frontières ? Vous ne voulez pas défendre et vous ne laissez personne le faire !! C’est une honte. Et honte à nous si nous acceptons aujourd’hui encore cet état de fait. Si vous aviez une once de décence, vous auriez démissionné."


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